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Décryptage

Bruit : 147 milliards d’euros par an en France, dont 26 pour le voisinage

6 août 2026
10 min de lecture

Coût social du bruit en France

147,1 Md€

par an, selon l’ADEME et le Conseil national du bruit (2021)

147,1 milliards d’euros par an : c’est le coût social du bruit en France, selon l’étude de l’ADEME et du Conseil national du bruit publiée en 2021. Le voisinage en représente 26,3 milliards.

Le montant paraît abstrait. Il recouvre pourtant des choses très concrètes : des nuits écourtées, des soins, des logements qui se vendent moins cher. Voici d’où il vient, ce qu’il représente pour un ménage, et ce qu’il dit de la manière de choisir un logement.

D’où vient ce chiffre

L’étude additionne deux familles de coûts. Les coûts marchands : soins, pertes de productivité, perte de valeur des logements. Et les coûts non marchands : les années de vie en bonne santé perdues à cause de la gêne, des troubles du sommeil et des maladies, converties en euros. Ces derniers pèsent 126,3 milliards, soit 86 % du total.

Transports

Part du coût total
66,5 %
Détail
Route 54,8 %, train 7,6 %, avion 4,1 %.

Voisinage

Part du coût total
17,9 %
Détail
26,3 milliards d’euros par an, dont 12 % du total pour les seuls bruits des particuliers ; le reste vient des activités et des chantiers.

Milieu du travail

Part du coût total
14,2 %
Détail
Le bruit subi sur le lieu de travail.

Surveillance et recherche

Part du coût total
1,4 %
Détail
Mesure, études, recherche.

Source : ADEME et Conseil national du bruit, Le coût social du bruit en France, 2021.

Ce qu’il faut en retenir pour un logement : la route est de loin la première source, et le voisinage arrive juste après les transports, devant le travail.

Le voisinage, presque aussi cité que la circulation

Parmi les Français gênés par le bruit chez eux, 67 % citent la circulation routière et 65 % le voisinage, selon le sondage IFOP réalisé pour le ministère de l’Écologie en 2014. Chacune des autres sources (équipements du logement, autres transports, chantiers, commerces) est citée par 15 % d’entre eux au plus.

Circulation routière67 %
Voisinage65 %

Personnes gênées chez elles, plusieurs réponses possibles. Source : IFOP pour le ministère de l’Écologie, 2014.

  • 86 % des Français se disent au moins un peu gênés par le bruit chez eux (IFOP, 2014).
  • 54 % des personnes gênées le sont depuis plus de trois ans (IFOP, 2014).
  • 30 % des Français ont déjà eu des tensions avec leurs voisins à cause du bruit (Qualitel et Ipsos, 2017).

La gêne dure : plus de la moitié des personnes gênées le sont depuis des années. C’est tout l’enjeu du choix du logement, car on change rarement d’adresse pour cette seule raison.

Ce que ça représente pour un ménage

Divisés par les 69,1 millions d’habitants de la France (Insee, 1er janvier 2026), 147,1 milliards font environ 2 100 € par personne et par an. Une moyenne trompeuse : ce coût pèse surtout sur ceux qui vivent dans un logement exposé.

Calculatrice et documents

Une valeur de revente plus basse

Autour de l’aéroport de Roissy, la perte de valeur va de 3 à 22 % selon le niveau de bruit ; près des voies ferrées de Seine-Saint-Denis, de 5 à 10 % (études citées par l’ADEME et le CNB, 2021). Sur un bien de 200 000 €, 5 % représentent 10 000 €.

Des travaux

Fenêtres, doublage des murs, sous-couche des sols : des dépenses qu’un logement bien choisi aurait évitées.

Un déménagement avant l’heure

Partir avant la fin prévue, c’est payer de nouveau les frais d’agence, le dépôt de garantie, le camion, et perdre du temps.

Des nuits plus courtes

Fatigue, irritabilité, tensions à la maison : difficile à chiffrer pour un foyer, mais c’est la part la plus lourde du coût total.

La santé, le coût qu’on ne voit pas

Selon l’Agence européenne pour l’environnement (2025), le bruit des transports figure parmi les trois premières menaces environnementales pour la santé en Europe, juste derrière la pollution de l’air et les effets de la température. L’exposition prolongée à ce bruit contribue chaque année à 73 000 décès prématurés en Europe.

L’Organisation mondiale de la santé a fixé des repères pour la nuit : au-delà de 40 décibels en moyenne, à l’extérieur du logement, des effets nocifs sur la santé apparaissent ; au-delà de 55 décibels, le risque de maladies cardiovasculaires augmente (OMS, 2009). Pour se repérer, une conversation normale se tient autour de 60 décibels (CidB).

À court terme

  • Sommeil perturbé : endormissement difficile, réveils
  • Irritabilité, stress, difficultés de concentration
  • Fatigue, baisse de vigilance

Sur la durée

  • Maladies coronariennes : +8 % de risque par tranche de 10 décibels de bruit routier (OMS, 2018)
  • Hypertension, accident vasculaire cérébral
  • Dépression : lien établi pour le bruit des avions (Hegewald et ses collègues, 2020)

Pourquoi on le découvre si tard

Le bruit est une nuisance qui ne se voit pas. Contrairement à la qualité de l’air, il n’a pas d’indicateur que l’on consulte au quotidien, et on le découvre souvent une fois installé.

  • Presque aucune obligation d’information. Seule exception : depuis le 1er juin 2020, un logement situé dans une zone de bruit d’un aéroport doit être signalé comme tel à la vente et à la location. Ailleurs, rien n’oblige à parler du niveau sonore d’une rue ou d’un logement. Le diagnostic de performance énergétique existe pour l’énergie ; rien d’équivalent pour le bruit.
  • Des visites en journée. La plupart se font en semaine, aux heures de bureau, quand la rue est au plus calme de sa soirée.
  • Une information éparpillée. Bars et horaires, trafic, voies ferrées, aéroports : chaque élément existe quelque part, rarement réuni pour une adresse.

Ce qu’il faut vérifier avant de signer

Les postes du coût social sont aussi une bonne grille de visite : la route d’abord, le voisinage ensuite, puis le train et l’avion.

Ce qu’il faut vérifier à la visite

  • La route : un axe passant devant l’immeuble ? De quel côté donnent la chambre et le séjour ?
  • Le voisinage : quel sol chez le voisin du dessus, quelle porte palière, quels murs entre les logements ?
  • Les commerces : un bar ou un restaurant au rez-de-chaussée ou dans la rue, ouvert jusqu’à quelle heure ?
  • Le train : une voie ferrée ou une gare de triage dans les environs ?
  • L’avion : le bail ou la promesse de vente est-il accompagné d’un document sur une zone de bruit d’aéroport ?

Connaître le bruit d’une adresse avant de signer

Notre rapport réunit pour une adresse exacte ce qui est d’habitude éparpillé : d’où vient le bruit, ce qui peut vous réveiller la nuit heure par heure, ce que changent l’étage et le côté cour. Vous le recevez en PDF sous 24 h.

J’indique l’adresse qui m’intéresse

Note sur les chiffres

Le coût social du bruit est une estimation : il convertit en euros des effets sur la santé et le bien-être. Il sert à comparer les enjeux et à orienter les politiques publiques, pas à chiffrer la situation d’un logement en particulier.

Sources

Q

Quietly

Le niveau sonore des rues de France